Ouistreham, pour moi, c'est le début des beaux jours, les virées fin février début mars sur les plages encore fraîches. A l'université, c'étaient aussi les pseudo révisions de partiels en mai, où nous jouions plus souvent aux cartes que nous épluchions nos cours. Dans le livre de Florence Aubenas, on s'attache au côté plus morne de la ville, celui du quai des ferrys. D'ailleurs, de Ouistreham, on entend peu parler finalement.
C'est pour retrouver un petit bout de Caen que j'ai été cherché chez Memoranda cet essai. Etrange démarche que de vouloir retrouver une ville à travers un livre si sombre au premier abord. Au premier abord seulement, parce que malgré les difficultés, le chômage, la détresse, on s'attache aux figures rencontrées par la journaliste, on esquisse ça et là un sourire plein de tendresse.
Comme beaucoup l'ont souligné, le jeu est faussé, la détresse, l'angoisse, la journaliste ne les connaît pas, elle joue un rôle, sait qu'elle retrouvera après son enquête sa petite vie douillette, alors que ses sœurs de galère continueront leur rude traversée. J'ai déploré l'absence de la problématique de la recherche de logement qui pourtant dans sa situation aurait été intéressante à traiter. On s'imagine en effet les difficultés que son "personnage" aurait pu avoir à trouver un logement dans sa situation. Elle se choisit ancienne femme au foyer, titulaire d'un simple bac, compagne fidèle pendant une vingtaine d'années d'un garagiste. Elle explique ainsi le vide de son curriculum vitae.
Du travail, elle en trouve comme des petites miettes de pain semées sur le chemin de l'insertion. Une heure et demie, ici ou là, des contrats à la semaine, des périodes d'essai non rémunérées, rien de très satisfaisant. Des heures de ménages qu'on ne déclare plus, parce qu'on a dépassé le temps imparti et qu'on a trop peur de ne plus travailler. Alors on peut être mauvaise langue et dire que la Aubenas, elle n'y connaît rien au ménage et que c'est pour ça qu'elle n'arrive pas à accomplir toutes les tâches qu'on lui confie. Seulement ses collègues, elles aussi, elles triment parfois gratos, elles aussi ont peur de ne pas être rappelées et certainement même bien plus que la journaliste.
Ai-je retrouvé ma ville en épluchant ces pages? Et bien, oui, malgré tout, j'y ai retrouvé ces précaires que je croisais dans les grandes surfaces ou dans les fast foods, ceux que j'avais croisé dans les colonies de vacances et qui ne savaient pas de quoi serait faite la rentrée.
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