Vous l’entendez régulièrement, « Encore en vacances », vous souriez, l’air de dire, « Oui, pardon, je suis une feignasse ! » Et en même temps, vous ne profitez jamais complètement de vos congés. A peine en vacances, le jeune prof isolé dans une contrée lointaine et hostile, s’en va visiter ses proches. Il y a les parents, chez qui vous ne rester jamais assez longtemps, qui ont bloqué leurs congés sur une période où ils estiment normal que vous soyez de passage. Sous-entendu, si vous n’êtes pas là, ou si vous partez avant la reprise, gare à vos fesses. Les amis, qui ne comprennent pas pourquoi ils ne vous voient jamais, vous qui habitez maintenant à sept cents kilomètres, à côté quoi. Le reste de la famille qui réclame également son dû. Sans compter les déménagements qui découlent des nombreuses mutations quasi obligatoires les premières années, sauf si vous faites partie des rares élus qui font leur stage dans leur académie et qui y sont affectés après titularisation. Déménagement, recherche de logement, ameublement aussi, car grand optimiste devant l’Eternel que vous êtes, vous avez décidé de vivre « le peu de temps » éloigné dans des meublés, qui ne sont jamais assez meublés ou il ne manque jamais le même équipement que dans le logement précédent. Sans compter toutes les démarches diverses et variées inhérentes au changement de domicile. La connexion internet qui met toujours des siècles à fonctionner, les impôts qui vous domicilient chez vos parents, alors que vous avez fait les demandes nécessaires au suivi, les papiers à remplir pour la mutuelle –prélèvement sur salaire oblige- si vous ne voulez pas vous retrouver avec un rappel exorbitant quelques mois plus tard, j’en passe et des meilleurs. Oui, il n’y a pas à dire, le « Encore en vacances » vous le leur feriez bien bouffer. S’ensuivent les joies de débarquer pour la énième fois dans un nouvel établissement, où les systèmes de prise en compte des absences, de remplissage des notes, de réservation de salle, varient... forcément. Vous découvrez vos nouveaux collègues qui vous jugent, vous jaugent pendant un laps de temps variable, avant de véritablement vous intégrer. Et les élèves... Alors que vous commenciez à faire votre place dans votre ancien bahut, vous voilà obligé de reprendre l’épreuve de force et de prouver que, oui, vous n’êtes pas un guignol là pour amuser la galerie, que le fait que vous soyez une femme, mince et jeune, ne veut pas pour autant dire que ça va être la fête toute l’année. Bref, les vacances, quelle chance !
Il me reste une dizaine de jours, je ne suis plus chez moi depuis un mois et demi, mon nouvel appartement qui est deux fois plus petit que le précédent n’est pas encore totalement aménagé, je vais encore devoir trier, stocker, jeter. Il faut également que je prépare mes cours, sans connaître les élèves. On me réclame dans deux villes éloignées de deux cents kilomètres, la personne qui m’accueille en ce moment me lance des « Tu vas rester encore un peu, j’espère. » et moi j’ai une envie monstre de plages, de farniente, de me barrer faire un tour à Berlin où je n’ai pas mis les pieds depuis 2006, depuis que je suis prof donc. Et si je n’étais pas fauchée comme les blés suite à mon déménagement, clair que je le ferais, mais bon !
